L’attente enfin récompensée

 

   


Il y a déjà de cela deux ans, par un printemps différent des autres, notre équipe s’affairait à traquer l’ours noir en compagnie de nos cousins français, à la pourvoirie du Domaine de la seigneurie Vincelotte. L’année suivante, c’était à mon tour de fouler cette terre de chasse par excellence, en quête de gibier. À la première saison de l’année, on ne parle pas de n’importe quel gibier, on parle évidement d’un gibier plus que respectable : l’ours noir. Cette chasse qui gagne en popularité chaque année est encore bien loin de mériter sa juste valeur dans les préférences des chasseurs sportifs du Québec. Il n’y a pas mieux que le bon vieux dicton que tout le monde connaît afin de définir la chasse à l’ours : « Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. » L’année dernière, j’ai enfin eu l’occasion de confirmer ces dires, d’on ne sait qui, en tant que chasseur.

C’est après l’invitation de Jean-Pierre et Philippe Pelletier, cette fabuleuse et sympathique équipe de pourvoyeurs père et fils, que je me suis rendu au Domaine dans le but ultime d’abattre mon premier ours. Bien que plusieurs personnes caractérisent ce gibier comme étant un vulgaire charognard,

 

 


il n’en demeure pas moins que son image a été trahie une fois de plus par les médias. Trop souvent on a vu à la télévision des ours s’alimenter en plein dépotoir, en réalité ces garde-manger à ciel ouvert sont bien loin des endroits où l’on chasse l’ours noir.

Je me permets finalement de qualifier ce faux charognard d’omnivore incompris. Un autre fait à considérer est que ce type de chasse s’effectue la plupart du temps dans un site appâté. On utilise souvent, pour leurrer son odorat, du vieux poisson afin de l’attirer sur de très grandes distances. L’ours se gave plutôt des différentes sucreries qu’on lui suggère et non des poissons ou viandes faisandés qui ont préalablement déjoué son puissant nez.

C’est donc avec l’espoir de frapper gros que je me rends au confortable domaine afin de patienter en quête de succès. La première sortie de chasse s’annonce des plus clémentes, sous cette température printanière absolument sublime exempte de parasites nuisibles. Avec mon frère comme caméraman, nous nous installons à l’affût près d’un site que Jean-Pierre a préalablement appâté avec grand soin.

 

 

 

 

   

 


 

 

Il faut dire qu’au printemps, Jean-Pierre s’affaire à temps plein à veiller à ce que les ours ne manquent pas d’une miette de nourriture et qu’ils soient bien ronds, pour le plus grand plaisir de ses chasseurs. T-shirt, casquette et carabine, nous observons paisiblement le spectacle que nous offrent les corbeaux qui dégustent les résidus de nos offrandes.

Après seulement quelques heures d’attente, un beau gros ours se pointe le bout du museau.

Bien que j’aie un caméraman, je dois mettre la caméra en marche moi-même, car le pauvre « yabe » s’est endormi par cette séduisante température. J’attends avec impatience que ma proie m’offre
un tir convenable quand, entre-temps, mon comparse se réveille. Il aperçoit l’ours dans l’écran de la caméra et sursaute. Il rêvait à un ours et en
voit un en se réveillant, il se sent quelque peu mêlé face à cette suite
de visions. On échange un peu sur la situation et on se rend compte que
notre gibier semble plutôt méfiant. Finalement, après ces interminables secondes, ce balourd rebrousse
chemin sans qu’aucun coup de feu
n’ait retenti.

 

 

 

   

 

 

 

Pour les journées de chasse suivantes, je me retrouve seul, car le reste de l’équipe s’est séparé en deux groupes afin de tourner des images au camp Cooper et à la pourvoirie Rivière La Galette. Donc je poursuis ma chasse en visitant de nouveaux sites que mon guide Jean-Pierre connaît tout aussi bien. Il m’indique d’où les ours arrivent habituellement et me montre les traces de certains spécimens qui semblent intéressants par leur grosseur. Je ne sais pas si vous vous rappelez la température du printemps passé, mais laissez-moi vous dire que c’était assez le déluge.

J’ai dû faire face aux colères de Dame nature à plus d’une reprise, j’ai même eu le malheur une fois de voir la foudre s’abattre sur un arbre à une centaine de pieds de moi. Un éclair bleu jaillissant du ciel suivi d’un son qui glace le sang, et ce n’est pas tout, devinez quoi ? de la grêle ! Quelle belle journée de chasse, tout un spectacle naturel ! Malgré cela, j’ai tout de même eu la chance de voir quelques ours sauf qu’il me restait encore du temps pour attendre un individu un peu plus imposant.

Bien que la persévérance soit au rendez-vous pour ma part, elle l’est tout autant de la part des insectes piqueurs qui sont, ma foi, assoiffés de sang.

 

 

 

   

 

 

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